{"id":3220,"date":"2010-07-22T07:28:00","date_gmt":"2010-07-22T05:28:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/la-ligne-de-crete\/?p=3220"},"modified":"2010-07-22T07:28:00","modified_gmt":"2010-07-22T05:28:00","slug":"2010-07-22-faire-renaitre-lespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iserois.es\/2010-07-22-faire-renaitre-lespoir\/","title":{"rendered":"La partie cach\u00e9e de l\u2019iceberg ou comment faire rena\u00eetre l&rsquo;espoir&#8230;"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-excerpt\"><strong><\/p>\n<p>Cette politique de s\u00e9curit\u00e9 montre aujourd&rsquo;hui les tr\u00e8s grandes limites qui sont les siennes.<\/p>\n<p><\/strong><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/stephanegemmani\/4812432387\/\" title=\"photo de stephanegemmani, sur Flickr\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/farm5.static.flickr.com\/4096\/4812432387_be72fd62fd.jpg\" width=\"500\" height=\"374\" alt=\"photo\" \/><\/a><br \/>\n<br \/>Mais si il faut <strong>la remettre en question<\/strong>, il nous faut \u00e9galement <strong>++nous remettre en question++<\/strong> sur ces sujets importants et sur nos actions pass\u00e9s, pr\u00e9sentes comme \u00e0 venir.\n<\/p>\n<p>La banlieue, comme son nom l\u2019indique, se trouve au ban de la ville, car \u00e0 une lieue du centre ville.\n<\/p>\n<p>Cela participe inconsciemment, \u00e0 la rel\u00e9gation de toute une population comme \u00e0 un bannissement.\n<\/p>\n<p>Cette stigmatisation date des ann\u00e9es 1950 ou, face \u00e0 l\u2019augmentation des populations urbaines, un souci \u00ab\u00a0hygi\u00e9niste\u00a0\u00bb a nettoy\u00e9 les centres villes de leurs taudis et expuls\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur les populations les plus pauvres.\n<\/p>\n<p><h3><strong>Pour d\u00e9velopper la non-violence dans la ville, il faut d\u2019abord prendre conscience de la violence de la non-ville&#8230;<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>La d\u00e9linquance est la cons\u00e9quence de la rupture de lien social. Si un jeune ne trouve pas dans la soci\u00e9t\u00e9, aupr\u00e8s de ses parents, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, au travail, un enracinement qui structure sa personnalit\u00e9 et donne un sens \u00e0 son existence, il va \u00eatre en situation de rupture par rapport \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9.\n<\/p>\n<p>Le jeune en situation d\u2019\u00e9chec scolaire se retrouve sans travail, envahi par un sentiment d\u2019\u00e9chec et de souffrance, alors qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 du mal \u00e0 se socialiser, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans la soci\u00e9t\u00e9. Il subit une crise d\u2019identit\u00e9.\n<\/p>\n<p>La d\u00e9mission des p\u00e8res est importante, et les jeunes manquant d\u2019image de p\u00e8re n\u2019ont plus de rep\u00e8re.\n<\/p>\n<p>L\u2019incivilit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment la cons\u00e9quence d\u2019une difficult\u00e9 \u00e0 se socialiser et d\u2019une privation de citoyennet\u00e9. Elle se manifeste par des faits d\u2019incivilit\u00e9, d\u2019impolitesse, d\u2019irrespect, des attitudes arrogantes, des regards d\u00e9daigneux, des actes de d\u00e9gradation, de bruit, de nuisance, qui isol\u00e9s, ne sont pas graves, mais qui, renouvel\u00e9s et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, empoisonnent la vie collective et cr\u00e9ent <strong>un climat de peur et de violence<\/strong>. Les incivilit\u00e9s peuvent constituer des infractions (ex\u00a0: les tags constituent un d\u00e9lit, briser une vitre ou fracturer une bo\u00eete aux lettres est r\u00e9pr\u00e9hensible &#8230;), mais sont souvent non punissables (ex\u00a0: l\u2019impolitesse, le rassemblement dans un escalier d\u2019immeuble &#8230;).\n<\/p>\n<p>Ces incivilit\u00e9s ont des cons\u00e9quences sociales importantes\u00a0: elles remettent en cause l\u2019id\u00e9e qu\u2019une vie collective est possible, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9change, la communication, le respect des autres, des \u00e9quipements collectifs, de l\u2019environnement, des devoirs de chacun.\n<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, incivilit\u00e9, sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et violence sont li\u00e9s. Plus d\u2019incivilit\u00e9s, c\u2019est plus de sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, plus de d\u00e9fiance envers les institutions, et, \u00e0 terme, plus de d\u00e9linquance.\n<\/p>\n<p>L\u2019app\u00e2t du gain, la surconsommation, le \u00a0\u00bb\u00a0\u00bbtout et tout de suite\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, peut aussi expliquer les menaces, la violence physique ou psychique, l\u2019intimidation ou m\u00eame 1\u2019utilisation des armes. Il se d\u00e9veloppe en marge toute une \u00e9conomie parall\u00e8le, des zones de non-droit, de mafia, de trafics en tous genres, avec des ca\u00efds, des chefs de bande, avec la loi du silence&#8230;\n<\/p>\n<p>La toxicomanie, qui n\u00e9cessite beaucoup d\u2019argent, accentue ces comportements d\u00e9viants et la grande d\u00e9linquance.\n<\/p>\n<p>La souffrance qui habite les jeunes des banlieues est celle de <strong>se sentir exclu<\/strong>, <strong>sans travail<\/strong>, sans argent, sans logement \u00e0 soi, <strong>sans perspectives d\u2019avenir<\/strong>. L\u2019incivilit\u00e9, la violence, la d\u00e9linquance sont des r\u00e9ponses \u00e0 cette d\u00e9sesp\u00e9rance, mais il y a aussi des formes de violence tourn\u00e9es contre soi\u00a0: la toxicomanie, l\u2019alcoolisme, la d\u00e9pression, la folie.\n<\/p>\n<p><h3><strong>Le racisme et la x\u00e9nophobie sont des exutoires de ce mal vivre.<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>La violence urbaine et le racisme sont le fait de personnes qui se sentent pers\u00e9cut\u00e9es. Ces pers\u00e9cutions sont souvent r\u00e9elles\u00a0: du c\u00f4t\u00e9 des jeunes auteurs de violence, il y a effectivement des discriminations qui poussent les jeunes \u00e0 croire que la soci\u00e9t\u00e9 les rejette. Du c\u00f4t\u00e9 des racistes, il y a effectivement des formes d\u2019incivilit\u00e9, de la d\u00e9linquance, de la violence insupportables.\n<\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 \u00e0 vivre avec les autres est aggrav\u00e9e par la mont\u00e9e des peurs, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le climat de comp\u00e9tition g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: peur de perdre sa place, peur de l\u2019avenir des enfants.\n<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 est en crise, car elle n\u2019offre plus la s\u00e9curit\u00e9 en \u00e9change de la soumission qu\u2019elle demande\u00a0: il faut trouver un moyen de construire une relation avec l\u2019autorit\u00e9 qui ne soit pas bas\u00e9e sur la soumission et <strong>sur la peur<\/strong>.\n<\/p>\n<p>On remarque dans le mode de vie des populations d\u00e9favoris\u00e9es un profond ennui\u00a0: le temps s\u2019\u00e9coule lentement, sans but, sans projet. Cette absence de perspective g\u00e9n\u00e8re chez certains un processus autodestructeur, chez d\u2019autres un sentiment de frustration et une mont\u00e9e de l\u2019agressivit\u00e9.\n<\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment qui caract\u00e9rise le mode de vie des banlieues est l\u2019extr\u00eame fascination par la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Quand les besoins vitaux sont \u00e0 peine satisfaits, il est difficile d\u2019avoir un esprit critique\u00a0: certaines familles se privent de l\u2019essentiel pour acheter \u00e0 cr\u00e9dit une belle voiture qui restaure leur image et qu\u2019ils d\u00e9fendront \u00e0 coups de fusil.\n<\/p>\n<p><h4>Mais il nous faut imp\u00e9rativement trouver des alternatives \u00e0 cette violence par la non-violence qui face \u00e0 cette situation, propose plusieurs axes de r\u00e9flexion et d\u2019action :<\/h4>\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>en mettant en \u00e9vidence les situations d\u2019injustice et d\u2019exclusion, g\u00e9n\u00e9ratrices de frustration, de conflits et de violences,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en faisant appliquer la loi : il peut \u00eatre n\u00e9cessaire de mettre en \u0153uvre des mesures de contrainte, qui peuvent \u00e9viter le pire dans l\u2019imm\u00e9diat, mais elles ne permettent pas d\u2019apporter une solution durable au probl\u00e8me pos\u00e9,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>*<strong> mais aussi en tentant de r\u00e9tablir la parole, la communication : il s\u2019agit de cr\u00e9er des lieux o\u00f9 la rencontre redevient possible, des espaces interm\u00e9diaires o\u00f9 des m\u00e9diateurs pourront r\u00e9tablir la communication entre les exclus et la soci\u00e9t\u00e9,<\/strong>\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>en aidant les exclus \u00e0 s\u2019organiser pour se faire entendre dans la soci\u00e9t\u00e9 par une action pacifique organis\u00e9e,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en r\u00e9habilitant dans ces lieux de la police de proximit\u00e9, de l&rsquo;\u00eelotage, qui par sa pr\u00e9sence r\u00e9int\u00e8gre les notions r\u00e9galiennes r\u00e9publicaines, mais renforce cette notion pr\u00e9ventive et donc, de non-violence,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en fondant les politiques locales sur des connaissances factuelles,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en associant l\u2019intercommunalit\u00e9 sur ces questions, et en d\u00e9veloppant une r\u00e9flexion sur une mutualisation des moyens, vers la cr\u00e9ation d\u2019une police intercommunale,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en sensibilisant la population sur les questions de r\u00e9insertion sociales des sortants de prison,<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>en engageant et en organisant le dialogue et la coop\u00e9ration, entre le monde clos de la prison et la ville, notamment en pr\u00e9parant la pr\u00e9vention de la r\u00e9cidive d\u00e8s les premiers jours d\u2019incarc\u00e9ration en garantissant un droit \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation et au travail, (en consid\u00e9rant aussi, les rapports co\u00fbt :efficacit\u00e9 des efforts de pr\u00e9vention de la r\u00e9cidive)<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>et enfin en aidant localement  les jeunes \u00e0 sortir de la culture de violence dans laquelle ils ont baign\u00e9 depuis leur plus jeune \u00e2ge, et en d\u00e9veloppant une culture de non-violence.<\/strong>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><h3><strong>Mettre en \u00e9vidence les frustrations, les conflits et les violences n\u00e9s des situations d\u2019exclusion<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de comprendre le pourquoi de la violence urbaine, de chercher les causes de la maladie afin de pouvoir soigner le malade.\n<\/p>\n<p>La d\u00e9linquance et l\u2019incivilit\u00e9 des jeunes <strong>sont le dessus de l\u2019iceberg<\/strong>\u00a0: il constituent 10% des violences urbaines. La partie cach\u00e9e de l\u2019iceberg, 90%, c\u2019est la violence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui engendre l\u2019exclusion.\n<\/p>\n<p>Ch\u00f4mage, \u00e9clatement familial, probl\u00e8mes de logement, probl\u00e8mes de sant\u00e9, manque de revenus, \u00e9chec scolaire, sentiment d\u2019\u00e9chec et d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, sont \u00e0 la fois les causes et les cons\u00e9quences l\u2019un de l\u2019autre, et forment<strong> le cercle vicieux de l\u2019exclusion<\/strong>.\n<\/p>\n<p>La violence risque d\u2019appara\u00eetre comme le dernier moyen d\u2019expression \u00e0 celui auquel la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas permis d\u2019avoir les bases d\u2019une confiance en soi, que sont la r\u00e9ussite scolaire, l\u2019\u00e9quilibre affectif, le travail, l\u2019autonomie financi\u00e8re, et \u00e0 qui elle a refus\u00e9 tous les autres moyens d\u2019expression.\n<\/p>\n<p>Celui dont tous les liens avec la soci\u00e9t\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s n\u2019a plus de possibilit\u00e9 de communiquer avec les autres, sinon avec ceux qui se trouvent dans la m\u00eame situation que lui. Ils vont donc constituer une bande en marge de la soci\u00e9t\u00e9, dans un autre monde, <strong>dans leur monde<\/strong>.\n<\/p>\n<p>Ils estimeront qu\u2019ils n\u2019ont <strong>aucune raison de respecter les lois d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui ne respecte pas leurs droits<\/strong>. La violence leur appara\u00eet d\u2019autant plus s\u00e9duisante qu\u2019elle est une transgression des lois. La transgression d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des interdits leur procure une r\u00e9elle jouissance.\n<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il faut comprendre cette violence comme une provocation, c\u2019est-\u00e0-dire, selon la signification \u00e9tymologique de ce mot, comme un appel.\n<\/p>\n<p><h3><strong>La violence est un appel au secours qui se nourrit de l\u2019angoisse.<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><h3><strong>La violence voudrait \u00eatre une parole. Elle est, du moins, un cri.<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019entendre cette violence avant de la condamner. Si nous l\u2019entendons bien, nous n\u2019aurons plus le temps de la condamner.\n<\/p>\n<p><h3><strong>Il nous faut donc accepter de r\u00e9pondre \u00e0 cette interpellation.<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, cette violence est l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sir de communication, d\u2019un besoin de dialogue. Ce que veulent exprimer ceux qui recourent \u00e0 la violence, ce n\u2019est pas tellement qu\u2019ils rejettent la soci\u00e9t\u00e9, mais surtout que la soci\u00e9t\u00e9 les a rejet\u00e9s.\n<\/p>\n<p><h3><strong>La loi est la premi\u00e8re r\u00e9ponse \u00e0 la violence<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que la soci\u00e9t\u00e9 doit entendre l\u2019appel des jeunes exprim\u00e9 par la violence, elle doit <strong>r\u00e9affirmer l\u2019interdit de la violence<\/strong>, et faire prendre conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de la loi. La violence est une atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique, psychologique ou morale de l\u2019autre.\n<\/p>\n<p>Mais tout ce qui n\u2019a pu \u00eatre dit et r\u00e9solu avec les autres est rentr\u00e9 dans le psychisme et explose dans la violence.\n<\/p>\n<p>Il n\u2019y a de vie possible qu\u2019en \u00e9tablissant une distance qui permette aux uns et aux autres de se sentir respect\u00e9s, qu\u2019en \u00e9tablissant une distance entre soi-m\u00eame et sa propre souffrance.\n<\/p>\n<p>Cette distance est organis\u00e9e \u00e0 travers des r\u00e8gles et des lois, elle donne \u00e0 chacun une place pour vivre.\n<\/p>\n<p>Sortir de la violence, c\u2019est donc \u00e9tablir la distance qui prot\u00e8ge l\u2019un de l\u2019autre et qui prot\u00e8ge chacun de sa propre pulsion destructrice. La loi trouve ici sa fonction premi\u00e8re\u00a0: <strong>donner \u00e0 chaque \u00eatre une place dans la cha\u00eene des relations humaines.<\/strong>\n<\/p>\n<p>Certes, nombre de lois apparaissent injustes au regard de telle valeur morale ou de telle justice \u00e9conomique. <strong>Aucune loi n\u2019est d\u00e9finitive<\/strong>. Elles sont toutes le fruit d\u2019un d\u00e9bat et souvent d\u2019un combat, d\u2019un rapport de force entre des groupes sociaux.\n<\/p>\n<p><strong>Mais l\u2019absence de loi est bien plus injuste encore que la loi injuste,<\/strong> car c\u2019est la loi de la jungle.\n<\/p>\n<p>Porter plainte contre un agresseur, un voleur ou un casseur, c\u2019est affirmer que la vie n\u2019est possible que lorsque les uns et les autres ont int\u00e9gr\u00e9 la loi commune.\n<\/p>\n<p>Garantir la loi est le premier acte p\u00e9dagogique face \u00e0 la violence. C\u2019est un acte indispensable pour rendre la citoyennet\u00e9 \u00e0 celui ou celle qui l\u2019a perdue. Quiconque transgresse ou objecte \u00e0 une loi doit \u00eatre sanctionn\u00e9, tant que ladite loi est en vigueur.\n<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, celui qui d\u00e9sob\u00e9it \u00e0 une loi injuste ou qui refuse un imp\u00f4t destin\u00e9 \u00e0 un but plus que discutable est contraint \u00e0 se pr\u00e9senter devant un tribunal, et va utiliser celui-ci comme une tribune pour faire \u00e9voluer la r\u00e9flexion du citoyen et du l\u00e9gislateur.\n<\/p>\n<p><h3><strong>Mais choisir la transgression signifie toujours s\u2019exposer \u00e0 une sanction et en prendre ouvertement le risque.<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>La violence prouve pr\u00e9cis\u00e9ment que ceux qui y ont recours ne rencontrent pas de limites. Mais en m\u00eame temps, ils en ont besoin, ils demandent qu\u2019on leur mette des limites. L\u2019enfant, l\u2019adolescent, le jeune a besoin de se heurter \u00e0 des barri\u00e8res mises en place par l\u2019autorit\u00e9 des adultes. Ces limites, qui sont en m\u00eame temps des rep\u00e8res, lui procurent la s\u00e9curit\u00e9 dont il a un besoin vital. L\u2019absence de limites le plonge dans l\u2019angoisse, et l\u2019angoisse engendre la violence.\n<\/p>\n<p>La d\u00e9mission ou l\u2019absence des parents,<strong> l&rsquo;image<\/strong>, et notamment des p\u00e8res, est une cause essentielle de l\u2019incivilit\u00e9 et de la violence.\n<\/p>\n<p><h3><strong>Parler pour prendre de la distance avec l\u2019\u00e9motion<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me acte consiste \u00e0 apprivoiser la peur, \u00e0 oser la parole. Quand on ne se parle plus, on se fait peur, on a peur de l\u2019autre. Certes, la parole peut \u00eatre violente, car injurieuse ou m\u00e9prisante, mais la parole est le moyen de commencer \u00e0 respecter l\u2019autre. Parler, c\u2019est retenir un moment encore le bras qui va frapper, c\u2019est sortir de l\u2019isolement du silence.\n<\/p>\n<p><strong>Parler<\/strong>, c\u2019est affirmer que le rapport de force, m\u00eame s\u2019il est n\u00e9cessaire, ne peut pas, \u00e0 lui seul, apporter de solution au conflit.\n<\/p>\n<p>Il y a besoin de r\u00e9pression lorsque la loi commune n\u2019est pas respect\u00e9e, mais il y a surtout besoin de pr\u00e9vention, d\u2019\u00e9ducation, d\u2019accueil et de m\u00e9diation.\n<\/p>\n<p>La p\u00e9nurie de mots chez les populations exclues est un r\u00e9el probl\u00e8me, car elle emp\u00eache la personne de nommer avec pr\u00e9cision ses sentiments, elle l\u2019oblige \u00e0 exprimer son \u00e9motion avec des gestes ou des cris, ou \u00e0 la garder au fond de soi, ce qui est le plus grave.\n<\/p>\n<p>Permettre \u00e0 des jeunes de verbaliser leur peur, leur souffrance, leur col\u00e8re, leur impuissance, c\u2019est reconna\u00eetre l\u2019intensit\u00e9 de leur \u00e9motion, c\u2019est leur permettre de mettre des mots sur leur situation, sur leur violence, et donc de prendre du recul par rapport \u00e0 elles.\n<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Martin_Luther_King\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Martin Luther King<\/a> avait le g\u00e9nie de la parole pour aider \u00e0 faire prendre conscience ses fr\u00e8res de leur dignit\u00e9. Dans un sermon \u00e0 Alabama, apr\u00e8s chacune de ses phrases, \u00ab\u00a0Il se peut que tu n\u2019aies jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Il se peut que tu n\u2019aies jamais connu ta m\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Il se peut que tu n\u2019aies aucun revenu\u00a0\u00bb &#8230;\u00a0; il ajoutait \u00ab\u00a0Mais je suis quelqu\u2019un\u00a0!\u00a0\u00bb, et le groupe r\u00e9p\u00e9tait, les yeux brillants, __\u00a0\u00bb<a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=RvymnF-_Pf8\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">But I am somebody<\/a>\u00ab\u00a0<strong>.\n<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de certains mouvements associatifs le confirme\u00a0: la parole est d\u00e9terminante pour aider les personnes et les familles exclues \u00e0 prendre conscience de leur identit\u00e9, de leur solidarit\u00e9, de leur dignit\u00e9.\n<\/p>\n<p>Je sais que certain(e)s jugeront mes propos ubuesques et marginaux, \u00a0\u00bb(je les entends d\u00e9j\u00e0 !!!)\u00a0\u00bb, mais pour entendre les mots, parfois durs, provocants, mena\u00e7ants, prononc\u00e9s par les jeunes des banlieues, il est n\u00e9cessaire que les gardiens de HLM, les conducteurs de bus, les policiers, les \u00e9lus, les enseignants, \u00e9ducateurs et assistantes sociales soient pr\u00e9par\u00e9s et form\u00e9s. Il faut que le corps permette cette \u00e9coute. On ne tend pas l\u2019oreille vers celui qui se montre mena\u00e7ant que si les jambes cessent de trembler, si la respiration se fait plus calme, si le c\u0153ur ne bat plus la chamade. La formation des travailleurs sociaux doit inclure la pratique de l\u2019\u00e9coute, mais aussi la ma\u00eetrise du corps. Comme le cite Eschyle : <\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0\u00bbLa violence, comme la peur, engendre la violence.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<strong>\n<\/p>\n<p>Sortir de l\u2019exclusion et de l\u2019oppression par l\u2019organisation collective.__<\/h3>\n<\/p>\n<p>La non violence ne se borne pas \u00e0 d\u00e9noncer la violence des situations d\u2019injustice et d\u2019exclusion, ni \u00e0 contester le comportement de ceux qui ont recours \u00e0 la violence pour exprimer leur angoisse ou leur refus.\n<\/p>\n<p>A l\u2019exemple de <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=TkHTbkPoEQ8\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Gandhi<\/a> conduisant la marche du sel en Inde, de Martin-Luther King organisant le boycott des bus de Montgomery, de <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rj4ya_Gyq80\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">C\u00e9sar Chavez<\/a> organisant la lutte des Chicanos en Californie, ou de la population polonaise regroup\u00e9e derri\u00e8re <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Solidarno%C5%9B%C4%87\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Solidarnosc<\/a>, elle leur propose de <strong>s\u2019organiser pour changer le cours des \u00e9v\u00e9nements<\/strong>.\n<\/p>\n<p>Il est important de ne pas<strong> \u00ab\u00a0victimiser\u00a0\u00bb<\/strong> les jeunes et les exclus de notre soci\u00e9t\u00e9. Bien s\u00fbr, il faut reconna\u00eetre les difficult\u00e9s et handicaps que rencontrent les populations des banlieues, mais il importe aussi de travailler sur la responsabilit\u00e9 personnelle de chacun.\n<\/p>\n<p>Les jeunes, trop souvent, pensent que tout est de la faute de la soci\u00e9t\u00e9, alors que <strong>leur propre attitude contribue souvent \u00e0 leur rejet<\/strong>. Il faut travailler cette notion de responsabilit\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s la petite enfance\u00a0: les m\u00e8res de famille dans les milieux d\u00e9favoris\u00e9s ont souvent tendance \u00e0 couvrir leurs enfants quand ils sont tr\u00e8s jeunes et commettent de petits larcins, puis plus tard lorsqu\u2019ils sont impliqu\u00e9s dans des trafics de drogue ou de recels. Il faut aider les personnes \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 un statut d\u2019adultes capables d\u2019<strong>assumer la responsabilit\u00e9 de leurs actes<\/strong>.\n<\/p>\n<p>Une pratique efficace est celle de <strong>la coop\u00e9ration sociale<\/strong>, ou th\u00e9rapie sociale, mise en oeuvre notamment par<a href=\"http:\/\/www.institut-charlesrojzman.com\/\" class=\"external-link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Charles Rojzman<\/a>. Elle consiste \u00e0 organiser des groupes de travail en fonction de ce que les gens disent \u00e0 propos d\u2019un probl\u00e8me, groupes auxquels participent des habitants tr\u00e8s divers (\u00e9lecteurs Front National, militants de Ras le Front, jeunes en probl\u00e8me avec la justice, jeunes maghr\u00e9bins &#8230; ) et des responsables de terrain d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s par les institutions, sur leur temps de travail, avec une libert\u00e9 totale de participation et sous le sceau de la confidentialit\u00e9.\n<\/p>\n<p>En se parlant et en s\u2019\u00e9coutant mutuellement, petit \u00e0 petit, les participants \u00e0 ces groupes passent d\u2019\u00a0\u00bbune position de victime qui accuse les autres \u00e0 une position de responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb, et b\u00e2tissent ensemble des projets. L\u2019objectif n\u2019est pas de gu\u00e9rir les gens individuellement, mais de gu\u00e9rir les institutions \u00e0 travers les projets impuls\u00e9s par les personnes, qui d\u00e9couvrent que le changement personnel et le changement social sont indissociables.\n<\/p>\n<p>Elles d\u00e9couvrent aussi que la coop\u00e9ration, c\u2019est la capacit\u00e9 de travailler avec des gens qui sont diff\u00e9rents de nous, et donc de la capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le conflit. La coop\u00e9ration, c\u2019est la gestion du conflit sans violence. La violence intervient quand on ne sait pas traiter le conflit.<br \/>\n<br \/>Il s\u2019agit en fait de tisser des liens entre des gens qui ne peuvent pas, pour le moment, travailler ensemble.\n<\/p>\n<p><strong>Les populations de banlieues supportent beaucoup de choses<\/strong>\u00a0: le ch\u00f4mage, la mis\u00e8re, la pr\u00e9carit\u00e9, mais elles ne supportent pas le m\u00e9pris et le fait d\u2019\u00eatre stigmatis\u00e9s comme des citoyens de seconde zone. Elles veulent \u00eatre reconnues comme faisant partie de la cit\u00e9, elles veulent pouvoir exprimer leur d\u00e9tresse, leur d\u00e9couragement, mais aussi leurs aspirations. Elles n\u2019attendent pas forc\u00e9ment des r\u00e9ponses, elles souhaitent \u00eatre \u00e9cout\u00e9es.\n<\/p>\n<p>Il y a en banlieue une formidable solidarit\u00e9. Les gens des banlieues, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s,<strong> restent vivants et profond\u00e9ment empreints d\u2019humanit\u00e9.<\/strong>\n<\/p>\n<p>Dans les communes \u00e0 fort pourcentage de population musulmane, l\u2019ouverture de salles de pri\u00e8re officielles avec des imams reconnus et form\u00e9s permettrait \u00e0 de nombreux jeunes de retrouver des valeurs religieuses et de se restructurer, car le fonctionnement secret de salles de pri\u00e8res conduit \u00e0 des activit\u00e9s de clandestinit\u00e9, d\u2019opacit\u00e9, de luttes d\u2019influence entre imams plus ou moins form\u00e9s, et \u00e0 l\u2019int\u00e9grisme. De m\u00eame, les associations de jeunes, souvent \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent lieux de pouvoir et de luttes intestines, peuvent, si elles sont aid\u00e9es et encadr\u00e9es, participer \u00e0 la restauration de la vie d\u00e9mocratique d\u2019un quartier.\n<\/p>\n<p>Ce qui manque le plus dans les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, c\u2019est du lien social. De nombreux travailleurs sociaux peuvent intervenir (assistants sociaux, \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s, etc. ) mais souvent sans coordination suffisante avec la municipalit\u00e9, la justice, la police, les enseignants, les facteurs, les chauffeurs de bus, les commer\u00e7ants, les patrons de bistrot, les repr\u00e9sentants des associations, des partis, des syndicats, des religions&#8230;.\n<\/p>\n<p><strong>Il faut affirmer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une ma\u00eetrise collective des lieux de vie<\/strong> que les individus sont amen\u00e9s a fr\u00e9quenter\u00a0: \u00e9coles, salles communes, \u00e9quipements sportifs, zones commerciales, routes, grands ensembles, transport en commun, et ceci n\u00e9cessite une mobilisation sociale des habitants.\n<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019absence ou l\u2019insuffisance d\u2019une mobilisation des habitants, la ma\u00eetrise collective des lieux de vie peut \u00eatre assur\u00e9e par des \u00ab\u00a0professionnels de l\u2019hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb, qui jouent le r\u00f4le de m\u00e9diateurs ou de gardiens des r\u00e8gles de vie commune.\n<\/p>\n<p>Des professionnels de la m\u00e9diation s\u2019av\u00e8rent de plus en plus les personnes cl\u00e9s pour aider les gens \u00e0 dire et \u00e0 partager leurs soucis, leurs peurs, leurs attentes, leur d\u00e9sir de faire quelque chose.\n<\/p>\n<p>Il convient de revaloriser des m\u00e9tiers anciens ou recr\u00e9er des postes quand ils ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s inconsid\u00e9r\u00e9ment\u00a0: concierges, surveillants de parcs publics, gardiens d\u2019immeubles. Il faut aussi cr\u00e9er de nouveaux emplois dans le domaine de la m\u00e9diation\u00a0: \u00eelotiers, agents d\u2019ambiance dans les bus, correspondants de nuits (b\u00e9n\u00e9voles qui se proposent de d\u00e9nouer des situations tendues en dehors des heures d\u2019ouverture d\u2019une administration).\n<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie non-violente ne se satisfait pas des seules fonctions de gendarme et de psychologue n\u00e9cessaires \u00e0 une p\u00e9dagogie de la citoyennet\u00e9. Trop souvent, pour trop de gouvernements, pour trop de collectivit\u00e9s publiques, <strong>garantir la paix sociale consiste \u00e0 \u00e9touffer toute forme de r\u00e9volte qui pourrait d\u00e9ranger l\u2019ordre \u00e9tabli<\/strong>.\n<\/p>\n<p>Opter pour la non-violence, et l\u2019afficher ouvertement, c\u2019est estimer que la violence est l\u2019expression destructrice d\u2019une parole qui n\u2019a jamais pu \u00eatre dite, car elle ne pouvait se faire entendre. Par cons\u00e9quent, l\u2019action sociale non-violente passe par un troisi\u00e8me acte\u00a0: aider les opprim\u00e9s et les exclus \u00e0 organiser une parole et une action qu\u2019ils pourront enfin rendre incontournables. Leur permettre de se faire entendre dans le d\u00e9bat publics et d\u2019y exprimer avec poids, avec force, des propositions constructives. Et donc contribuer \u00e0 terme \u00e0 l\u2019\u00e9volution des structures socio-\u00e9conomiques et des lois qui les maintenaient dans l\u2019exclusion.\n<\/p>\n<p>Outre la coproduction de s\u00e9curit\u00e9, il importe surtout que les grands quartiers rel\u00e9gu\u00e9s puissent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une repr\u00e9sentation politique. En France, il arrive que seuls 15% des \u00e9lecteurs votent dans les grandes cit\u00e9s. L\u2019abstentionnisme n\u2019est pas le signe d\u2019un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la politique, mais un refus d\u2019une politique con\u00e7ue sous une forme inadapt\u00e9e. Il convient que les habitants des cit\u00e9s soient reconnus comme des interlocuteurs critiques pour qu\u2019un dialogue soit possible entre eux et la puissance publique.\n<\/p>\n<p>Le risque est grand de tenter d\u2019acheter la paix sociale avec les emplois-jeunes, le recrutement d\u2019agents d\u2019ambiance, la cooptation des \u00ab\u00a0grands fr\u00e8res\u00a0\u00bb, mais sans permettre aux jeunes, qu\u2019ils soient ou non d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re, de devenir interlocuteurs critiques dans la repr\u00e9sentation politique, associative ou sociale.\n<\/p>\n<p><h3><strong>D\u00e9velopper une culture de non-violence<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p>Nos soci\u00e9t\u00e9s sont domin\u00e9es par une culture de violence. Qu\u2019on pense aux guerres qui ont ensanglant\u00e9 notre histoire, notamment aux guerres de colonisation et de d\u00e9colonisation, aux r\u00e9volutions violentes, aux deux guerres mondiales et aux divers g\u00e9nocides du si\u00e8cle qui s\u2019ach\u00e8ve.\n<\/p>\n<p>Qu\u2019on pense aux jouets de guerre donn\u00e9s aux enfants d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, aux jeux vid\u00e9o import\u00e9s de Etats-Unis ou du Japon, aux films de violence \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, mais aussi aux paroles sanglantes de l\u2019hymne national fran\u00e7ais, la Marseillaise, et aux d\u00e9fil\u00e9s militaires le 14 Juillet, anniversaire de la prise de la Bastille \u00e0 l\u2019arm\u00e9e par le peuple&#8230;\n<\/p>\n<p>Pour briser le ressort de la violence, pr\u00e9sent\u00e9e comme n\u00e9cessaire, l\u00e9gitime et honorable, il faut d\u2019abord prendre en compte toute la r\u00e9alit\u00e9 de la violence qui pervertit notre relation \u00e0 l\u2019autre. Il faut ensuite rompre avec les processus de justification et de l\u00e9gitimation de la violence, et montrer que la violence n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Il faut montrer que la non-violence est une exigence essentielle de la conscience de l\u2019homme, et aussi qu\u2019elle peut constituer une alternative \u00e0 la violence dans des domaines vari\u00e9s de la vie collective et m\u00eame des relations internationales\u00a0: r\u00e9solution des conflits interpersonnels sans perdant, m\u00e9diation dans les conflits sociaux, d\u00e9fense civile non-violente contre une agression \u00e9trang\u00e8re, intervention civile entre des bellig\u00e9rants dans des conflits r\u00e9gionaux&#8230;\n<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il importe de pr\u00e9parer nos enfants \u00e0 devenir des chercheurs de sagesse. Notre culture est en crise parce qu\u2019elle n\u2019est plus ouverte sur la recherche d\u2019un sens \u00e0 l\u2019existence de chacun et \u00e0 l\u2019histoire des hommes. Pour pouvoir visiter notre h\u00e9ritage culturel et celui des autres civilisations, il est notamment n\u00e9cessaire de r\u00e9habiliter la lecture.\n<\/p>\n<p>Il est urgent \u00e9galement de pr\u00e9parer les enfants \u00e0 \u00eatre des citoyens. Une v\u00e9ritable \u00e9ducation civique des enfants doit s\u2019efforcer de favoriser l\u2019autonomie plut\u00f4t que la soumission, l\u2019esprit critique plut\u00f4t que l\u2019ob\u00e9issance passive, la responsabilit\u00e9 plut\u00f4t que la discipline, l\u2019\u00e9mulation et la coop\u00e9ration plut\u00f4t que la comp\u00e9tition, la cr\u00e9ativit\u00e9 plut\u00f4t que la reproduction des mod\u00e8les, la solidarit\u00e9 plut\u00f4t que la rivalit\u00e9.\n<\/p>\n<p>Une p\u00e9dagogie de la paix doit apprendre \u00e0 l\u2019enfant <strong>\u00e0 ne pas fuir les conflits<\/strong>, mais \u00e0 les accepter dans un esprit d\u2019initiative et de cr\u00e9ativit\u00e9, afin de rechercher quelle solution positive peut leur \u00eatre apport\u00e9e.\n<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019\u00e9cole, les r\u00e8gles de vie doivent pr\u00e9figurer celles de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: la sanction doit \u00eatre davantage une r\u00e9paration qu\u2019une punition. Pour que les \u00e9l\u00e8ves comprennent le sens des r\u00e8gles, le mieux est de les faire participer \u00e0 leur \u00e9laboration. L\u2019autorit\u00e9 de l\u2019adulte doit bien s\u00fbr pr\u00e9valoir, mais dans un espace scolaire o\u00f9 l\u2019enfant a droit \u00e0 la parole.\n<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi de l\u2019exclusion est aussi important pour nos soci\u00e9t\u00e9s dites d\u00e9velopp\u00e9es que celui du sous-d\u00e9veloppement l\u2019est pour l\u2019humanit\u00e9.\n<\/p>\n<p>Dans les deux situations, j&rsquo;ai la conviction que la philosophie de la non-violence et la strat\u00e9gie du combat non-violent seront d\u00e9terminantes pour <strong>aider \u00e0 inventer ce monde viable et vivable, ++durablement++<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette politique de s\u00e9curit\u00e9 montre aujourd&rsquo;hui les tr\u00e8s grandes limites qui sont les siennes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_eb_attr":"","footnotes":""},"categories":[1211],"tags":[1240,1230,1730,1731,1732],"class_list":["post-3220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-reflexions","tag-exclusion","tag-grenoble","tag-martin-luther-king","tag-villeneuve","tag-violence-urbaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3220"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3220\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/iserois.es\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}